Questions nationales
2009
Ismaël Houdassine
PointZabriskie
Deux référendums perdus, des pourparlers infructueux, des tentatives avortées de traités et de reconnaissance, rien n’aura finalement abouti durant ces dernières décennies à l’indépendance du Québec. Voici l’amer constat du très réussi documentaire Questions nationales des Québécois Roger Boire et Jean-Pierre Roy.
Encore une œuvre sur l’indépendance pourrait-on dire, mais l’originalité du documentaire Questions nationales dont les réalisateurs précisent qu’il est « indépendant et non partisan » réside dans sa qualité d’ouvrir le champ politique et de s’intéresser à d’autres nations qui à l’instar du Québec n’ont pas pu accéder à leur pleine souveraineté. Ce qui est le cas de l’Écosse au Royaume-Uni et de la Catalogne en Espagne.
Tout commence par une observation sans équivoque : depuis la Deuxième Guerre mondiale, plus d’une centaine de pays ont vu le jour. Alors, pourquoi pas le Québec ? Cette interrogation touchante puisqu’irréalisée est devenue au fil des années une sorte de plainte solitaire où se mêlent défaitisme et espoir. Questions nationales a le premier mérite de consoler ceux qui ont porté le projet d’une souveraineté québécoise en leur disant qu’ils n’ont pas été seuls et qu’ils ont partagé, sans doute sans le savoir, avec d’autres ce doux rêve brisé.
Les deux réalisateurs traversent les frontières et c’est dans l‘Écosse  brumeuse qu’ils posent tout d’abord leur caméra. Des personnalités politiques, des experts et journalistes de la région nous apprennent comment un petit parti politique local (Scottish National Party) a réussi à se hisser au pouvoir durant la campagne électorale d’avril 2007 en défendant un discours strictement indépendantiste. Pendant que l’Écosse exultait sa victoire historique, un mois plus tôt le Parti québécois et son chef André Boisclair débité perdaient les élections avec fracas.
Munis d’un microphone, Roger Boire et Jean-Pierre Roy n’hésitent pas à aller interviewer dans la rue les Écossais et l’on s’amuse à découvrir qu’ils nous ressemblent beaucoup. Certains d’entre eux sont pour l’indépendance, d’autres contre, mais tous semblent partager cette certitude qu’ils constituent une nation spécifique et qu’il suffirait d’un petit quelque chose pour que sonne l’heure de l’indépendance. En attendant, le nouveau gouvernement promet un referendum sur la question, mais celui-ci tarde encore à venir… cela vous rappelle quelque chose ?
En Catalogne ensoleillée, les réalisateurs ont précédé à l’identique (entrevues, analyses, réactions à chaud) et l’on découvre une région qui se désespère de quitter une Espagne intransigeante. Faut-il parler d’indépendance, d’autonomie, d’autodétermination? À la lumière de ce documentaire, on découvre que les Catalans (moins partagés que les Écossais, mais avec une démographie plus fragile) savent les défis qu’il leur reste à surmonter. Malgré une culture et une langue distinctes des Castillans, le rêve d’une souveraineté totale semble ici aussi loin de se réaliser.
Questions nationales est une Å“uvre nostalgique et rafraîchissante. Nostalgique, lorsque l’on revoit en images d’archives des extraits d’allocutions très bien choisies de René Lévesque et de Pierre Bourgault durant les années 70′ et 80’, les grandes époques il est vrai en ce qui concerne la volonté des Québécois de s’émanciper du Canada. Rafraîchissante également, parce que le documentaire sans vraiment y répondre – comment le pourrait-il ? – se demande ce qui a bien pu empêcher un Québec riche, fier et démocratique de franchir le pas. Quelques arguments plausibles tout de même. Divisé en chapitre, on apprend beaucoup au fil du récit sur les réticences, les complications historiques, les peurs de l’inconnue et les discours fervents, convaincants, mais que le temps finit d’essouffler avant de les emporter.
Des politiciens de divers horizons idéologiques ont accepté de contribuer à Questions nationales : Bernard Landry, Gilles Duceppe, Stéphane Dion mais aussi des historiens reconnus comme Louis Balthazar et Guy Laforest partagent leurs vues et leurs impressions sur la situation au Québec. Des interventions qui donnent du coffre à l’œuvre, chacun apportant des arguments constructifs et parfois éloquents. Même si les deux réalisateurs n’ont visiblement pas eu beaucoup de moyen pour réaliser leur documentaire – il persiste ça et là quelques défauts de réalisation et une trame sonore qui laisse quelquefois à désirer – Questions nationales reste dans son ensemble un documentaire fort bien construit, avec un sujet maîtrisé et qu’il serait vraiment dommage de manquer.
POINT
ZABRISKIE


mars 11th, 2010 à 13 h 09 min
Por que no:)